Section de Tir à l'Arc de Rueil.

Archers de Légende... Yi, l'Archer Céleste

Yi, l'Archer Céleste!

Idéogrammes!
Yi (Hou Yi, Yiyi ou Pingyi), tout comme son épouse Chang'E, est un personnage mythique de l’antiquité chinoise.

Archer Céleste, courageux et remarquable, il est considéré comme un bienfaiteur du peuple chinois auquel il apporta une immense contribution en exterminant nombre de fléaux, monstres et démons. C'est pourquoi son souvenir et la vénération dont il est l'objet se sont perpétués de génération en génération.
La première sonde lunaire chinoise porte le nom de Chang'E, et le cratère lunaire Chang-Ngo lui est dédié.

Chang'E (Ch'ang-O ou Chang-Ngo, ancien nom Heng-E ou Heng-O), considérée comme la déesse de la Lune, réside sur l'astre lunaire, éternellement séparée de son mari et du reste des humains.

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La Légende de Yi

La légende existe en d’innombrables versions, qui, en général, rassemblent l’anecdote des soleils, l‘obtention des herbes d’immortalité et l’envol de Chang’E dans la lune.

Yi établit sa réputation en sauvant la Terre de la sécheresse et des incendies en abattant les neuf soleils excédentaires.
Héros du peuple qui l'aimait et le respectait, et bravant de nombreux dangers, Yi enraya tous les fléaux qui s'abattaient sur la population, vainquant le Démon des Eaux et exterminant de nombreux Monstres.

Yi l'archer céleste de Vanessa Guedj sur Youtube Site Ext.

Animation, mélangeant le dessin animé, la linéa et les estampes chinoises.
Des hexagrammes du Yi King se métamorphosent pour illustrer les étapes du conte.

Amoureux et inséparable de Chang'E, le jeune archer menait une vie paisible sur Terre, refusant de retourner au Ciel.
Par la suite, Yi devait entrer en possession d'une pilule, d’herbes ou d’un elixir d’immortalité qu'il lui fallait absolument partager avec sa bien-aimée pour pouvoir vivre éternellement auprès d'elle.

La consommation imprévue des herbes d’immortalité par Chang’E sépare à la fin les époux, car leur effet la fait s’élever dans les airs jusque dans la lune où elle réside éternellement.

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L'archer céleste Yi et les 10 soleils

A l'origine du monde, dix Soleils avaient la charge d'apporter chaleur et lumière aux hommes. Ils étaient les fils de l'Empereur Céleste, Di Jun, et de la déesse Xi He.

Les 10 soleils et l'arbre Fusang!
Les frères habitaient à Tanggu, un grand lac situé dans les régions orientales. Ils passaient là leur journées à se baigner et s'amuser ; aussi les eaux du lac étaient-elles bouillantes durant les quatre saisons de l'année.

Fusang, ou Fousang, est utilisé dès les "Han" pour désigner une terre orientale inconnue. Ce pays lointain est décrit en 499 par le missionnaire boudhiste chinois Hui Shen comme un endroit situé à 20 000 li à l'Est de des côtes de la Chine. Hui Shen a navigué jusqu'en Fusang et ses descriptions sont relatées dans le Livre de Liang. Selon la valeur du li, certaines interprétations font de Fusang le Japon, et d'autres, l'Amérique.

Fusang sur une carte.
Au centre du lac poussait l'Arbre du Levant, le grand mûrier Fu Sang, "le lieu où se lève le soleil". Cet arbre immense mesurait plusieurs milliers de mètres de haut, et mille personnes ne pouvaient l'embrasser. Sur ses dix énormes branches reposaient les dix Soleils.

L'Empereur Céleste avait décrété que chaque Soleil irait, tour à tour, éclairer le monde de l'aube au crépuscule. Accompagnés de leur mère, ils traversaient le ciel sur son char, s'élevant de l'arbre Fu Sang à l'Est, pour se poser sur l'arbre Ruomu à l'Ouest.
Comme le monde était intéressant pour nos dix Soleils ! Avec ses forêts altières, ses fleuves impétueux, ses forêts profondes, ses fleurs multicolores et ses champs aux récoltes abondantes... Bien plus amusant et agréable que le lac Tanggu. Mais, ils ne pouvaient s'y rendre qu'une fois tous les dix jours. Lassés de la contrainte qui leur était imposée, ils décidèrent un jour de se rebeller, et, au mépris des ordres reçus, de quitter simultanément l'arbre géant pour rester dans le ciel aussi longtemps qu'ils le souhaiteraient.

Mais, dix Soleils éclairant le monde de conserve dégagent une chaleur torride ! Les cours d'eau furent asséchés, les champs brûlés se crevassèrent, les arbres et les céréales se desséchèrent et les hommes durent se réfugier dans des grottes, n'osant plus en sortir. En plus de la sècheresse et des famines, plusieurs monstres et créatures démoniaques commencèrent à attaquer les paysans.

Selon certains auteurs, c'est soit Yao soit la population qui charge l'Archer Céleste d'intervenir, soit encore Yi lui-même qui se porte volontaire.
L'Empereur Yao régnait à cette époque sur la Chine. Il vivait dans une chaumière et menait la vie simple et sobre des hommes de son peuple. Souffrant des mêmes privations qu'eux, il se souciait de leur bien-être. Il demanda aux Soleils de se retirer immédiatement, au risque d'anéantir toutes les espèces vivantes sur terre. Mais les Soleils n'en avaient cure : ils continuèrent à s'amuser.
Yao implora l'Empereur Céleste d'intervenir en faveur des hommes, et de restaurer l’ancien ordre où un seul Soleil à la fois apparaissait dans le ciel. Entendant la prière de Yao, Di Jun fit appeler Yi, l'Archer Céleste. Lui faisant don d'un arc rouge et d'un carquois de dix flèches blanches, il lui commanda de descendre sur terre afin de châtier les dix Soleils.

Yi abat les soleils!
Yi ne projetait pas de blesser les Soleils, simplement de les effrayer pour qu’ils lui obéissent. Les souffrances du peuple écrasé par la chaleur des Soleils l'affligèrent tant qu'il entra dans une grande colère. Levant la tête, défiant du regard les dix Soleils, sans dire un mot, il saisit son arc et le banda.
La flèche partit comme une étoile filante. Une violente déflagration se répercuta dans le ciel, suivi d'un jaillissement d'étincelles.
L'astre solaire est l'un des "12 ornements" symbolisés sur les vêtements des empereurs chinois. Au temps des Han, un corbeau à trois pattes est représenté au sein d'un soleil rouge. Cet oiseau serait donc le principe qui anime le soleil, les 3 pattes du volatile représentant le déroulement de son cycle journalier : aurore, zénith et crépuscule.

Corbeau à 3 pattes, dynastie Han.
Dans une pluie de plumes d’or, un grand corbeau à trois pattes vint tomber aux pieds de Yi, une flèche blanche plantée dans le cœur. C’était l’esprit du premier des dix soleils.
Les autres prirent la fuite. Mais Yi visa le deuxième Soleil, puis le troisième, le quatrième... Ils tombèrent l'un après l'autre. Au moment où il retirait la dixième flèche de son carquois, l'Empereur Yao retint son bras :

- Arrête ! Lui dit-il. Tous les êtres vivants ne peuvent vivre ni se multiplier sans Soleil. Epargne le dernier.

Yi acquiesça en silence.

Après avoir fait disparaître les neuf Soleils, la température redevint normale. les hommes purent sortir de leurs abris, labourer la terre, moissonner, chasser, réparer et construire leurs maisons. Ils menaient à nouveau une vie paisible.

Sa mission accomplie, Yi s'apprêta à retourner au ciel. Mais, pleins de gratitude, les hommes le retinrent auprès d'eux et émirent l'espoir qu'il restât quelques jours de plus sur Terre. On avait encore besoin de lui pour venir à bout d'autres calamités, monstres et démons.
Yi accepta sans rien dire...

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Yi et le Démon des Eaux Hebo

Alors que la sécheresse était vaincue, le Démon des Eaux Hebo apparut. Prenant la forme d'un Dragon blanc, il entraînait partout sur son passage de grandes inondations, ravageant les champs, détruisant les maisons et noyant les hommes et le bêtes.

Le démon des eaux Hebo!
Les méfaits de Hebo parvinrent aux oreilles de l'Empereur Yao qui demanda à Yi de chasser le démon. L'archer céleste accepta de bon coeur.

Un jour, Yi arriva sans bruit au bord des eaux, se posta derrière un grand saule, et attendit l'arrivée de Hebo. Peu après, un Dragon blanc approcha en soulevant d'énormes vagues qui inondaient tout sur leur passage. Lorsque le démon fut assez proche, Yi lui décocha une flèche qui atteignit Hebo dans l'oeil gauche. Avec un cri déchirant, le Dragon disparut dans les eaux en enroulant son immense queue.

Blessé, Hebo alla se plaindre devant l'Empereur Céleste, affirmant que Yi n'avait aucune raison de s'en prendre à lui : les eaux étant ma demeure. Il réclama sa mort en réparation.

Les dragons chinois, au corps longiligne et dépourvu d'ailes, contrôlent les eaux, les cascades et les crues. Bénéfiques, ils confèrent chance, pouvoir et force.
L'Empereur Céleste rétorqua à Hebo que, en tant que Démon des Eaux, il pourrait apporter le bonheur au peuple. Mais au lieu de cela, il se transformait en Dragon pour semer le désordre dans le monde. Le châtiment de Yi était donc pleinement justifié !

Hebo ne trouva rien à redire et retourna au fond des eaux pour soigner sa blessure. On ne le revit jamais plus provoquer des inondations.

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Yi, pourfendeur de Monstres

Yi aimait beaucoup chasser. Il allait souvent dans les hautes montagnes et les grandes forêts poursuivre les bêtes sauvages. En ce temps-là, le pays était infesté d'animaux sauvages. Nombreux étaient les hommes dévorés par les bêtes ou les monstres contre lesquels le peuple ne pouvait résister. Yi décida alors de les exterminer.

Paysage!

Dans les plaines centrales vivait le monstre Yayu. Il ressemblait à un boeuf, couvert de poils longs et rouges, avec un visage humain et des sabots de cheval. Son cri ressemblait aux pleurs d'un enfant. Féroce, doté d'une force prodigieuse, il se déplaçait très vite, pénétrant parfois la nuit dans les villages où il détruisait les maisons et attaquait les gens. Nombre d'habitants furent ainsi dévorés.
Yi, fort de son adresse au tir à l'arc, décida de le tuer à distance.
Un jour, d'après les renseignements donnés par les habitants, il se rendit dans une haute montagne à la recherche de Yayu. Il arriva bientôt dans une profonde vallée, jonchée de crânes et d'ossements humains. Le monstre Yayu était là, couché sur une grande dalle de pierre, en train de dévorer ses dernières proies. Yi, qui avait de la peine à contenir sa colère, banda son arc, visa une seconde et lui décocha une flèche mortelle. Atteint en pleine figure, Yayu poussa un cri épouvantable et rendit son dernier soupir.
Dès lors, la population des plaines centrales mena une vie paisible.
Archer cavalier!

Cependant, dans les plaines du sud, vivait le monstre Zuochi, pourvu de dents redoutables de deux mètres de long, dures comme du fer et tranchantes comme des sabres. Zuochi vivait dans l'eau, guettant les passants sur lesquels il se jetait brusquement et qu'il entraînait au fond des eaux pour les dévorer.
Comme sa peau était très épaisse et dure comme une armure, Yi attendit que Zuochi ouvrit toute grande sa gueule pour lui décocher une flèche qui s'enfonça profondément dans sa gorge. Le monstre mourut en poussant un râle de douleur.

Toujours dans le sud, sur les rives de la rivière Xiong-shui, vivait un autre monstre, Jiuying, qui causait des ravages parmi la population riveraine. Jiuying avait neuf têtes, crachait du feu ou de l'eau, et faisait preuve d'une grande férocité. Si on le blessait ou arrivait à lui couper une tête, non seulement il ne mourait pas, mais il se jetait férocement sur son agresseur.
Yi décocha neuf flèches dans les neuf têtes avec une telle rapidité que le monstre Jiuying n'eut pas le temps de réagir et mourut sur le champ.

Au bord du lac Dongting, non loin de la rivière Xiong-shui, vivait Bashe, un python monstrueux. Celui-ci était capable d'avaler d'un seul coup un éléphant adulte, et , après une digestion longue de 3 ans, en regurgitait les os. Ces os d'éléphants non digérés étaient un bon remède pour toutes les maladies de coeur et d'estomac. Mais Bashe était inabordable. Féroce, il semait la terreur partout sur son passage, avalant tous les êtres vivants.
Après un combat acharné, Yi parvint à le tuer. Une montagne d'os s'amoncela. On appela cet endroit le "Tombeau Ba".

Archar abattant un oiseau!
Après avoir tué les monstres du Sud, Yi retourna dans le Nord.
En traversant les régions de l'Est, il apprit qu'un grand oiseau, Dafeng, causait de grands ravages. Quand il volait, ses ailes couvraient la moitié du ciel et leurs battements déchaînaient des tempêtes qui déracinaient de nombreux arbres et emportaient des centaines de maisons. Dafeng, qui s'attaquait aussi aux hommes et aux bêtes, volait très bien et il était difficile de l'atteindre. Lorsqu'on le blessait d'une flèche, il s'enfuyait au loin, pour revenir plus tard recommencer ses raids meurtriers.
Mais Yi décida d'attacher un fil à l'empenne de la flèche et, quand cette dernière atteignit l'oiseau, celui-ci ne put s'enfuir. Le jeune archer ramena Dafeng sur terre et le tua d'un coup d'épée. Les anciens propagèrent cette ingénieuse méthode pour la chasse des grands prédateurs.

Près de Sangcun, un village des régions occidentales, Yi tua le sanglier géant Fengxi et le renard Fenghu qui pouvait se métamorphoser en homme.

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La quête de la pilule d'immortalité

Un jour, alors qu'il chassait dans les bois, Yi traversa un ruisseau et aperçut sur l'autre rive une jeune fille puisant de l'eau avec un tube de bambou. Sa longue course l'avait assoiffé. Il s'approcha de la jeune fille et lui demanda à boire.

La rencontre de Yi et Chang'E n'est pas décrite dans les sources les plus anciennes.
En voyant cet homme au visage plein de bonté, un arc rouge et un carquois de flèches blanches au dos, la jeune fille devina qu'il était le héros Yi. Elle l'accueillit aimablement, lui offrit à boire et lui cueillit une belle fleur en témoignage de son respect. Yi choisit alors dans ses trophées une magnifique peau de renard et lui en fit cadeau.

Yi et Shang'E!
Elle s'appelait Chang'E. Ses parents avaient été tués par des animaux sauvages. Depuis, elle vivait seule et, toute l'année en signe de deuil, portait une robe blanche à la mémoire de ses parents. Yi se prit de pitié pour elle et Chang'E le respectait beaucoup. Les deux jeunes gens tombèrent amoureux et se marièrent peu après.
Très attachés l'un à l'autre, ils ne se quittaient jamais, voyageant et chassant ensemble. Ils menaient une vie heureuse, et Yi en oublia complètement de retourner au ciel. Le temps passa très vite. Trois années plus tard, ayant appris que Yi s'était marié et refusait de quitter la Terre, l'Empereur Céleste interdisit dorénavant à l'archer de remonter au Ciel. Ainsi celui-ci continua-t-il à vivre auprès de sa bien-aimée.

A l'origine, Xi Wang Mu, déesse des épidémies, des étoiles et des chatiments, était décrite comme un monstre à visage humain avec des dents de tigre, le corps terminé par une queue de léopard, et portant une magnifique parure de jade sur ses cheveux noirs en bataille. Trois oiseaux bleus lui fournissaient sa nourriture.

La déesse Xi Wang Mu.
Au 1er s. ap. J.-C., elle apparait comme une belle femme vêtue d'habits royaux et voyageant sur le dos d'une grue : c'est la "Reine-mère de l'Ouest". Servie par les "filles de jade" et des oiseaux à trois pattes, elle règne sur le paradis occidental des immortels dans son immense palais de jade, où les hommes vivent dans l'aile droite et les femmes dans l'aile gauche. Dans son jardin, elle cultive les pêches de l'immortalité.
Mais Yi savait que la vie des êtres humains a ses limites. Aussi prit-il la décision de partir en quête de la pilule d'immortalité détenue par la Reine-mère d'Occident Xi Wang Mu (ou HsiWang Mu).

La Reine résidait sur une montagne du Jade située très loin à l'ouest, au-delà des sables mouvants (Lieou-cha) et habitait dans une caverne au nord du mont Kunlun (Kouen-louen). Pour y parvenir, il fallait traverser un grand nombre de montagnes escarpées, de forêts profondes s'étendant à perte de vue et de déserts sauvages. Non loin des monts Kunlun, il fallait franchir deux grands obstacles : le Fleuve aux Eaux limpides et la Montagne de Feu.

Après avoir passé de nombreux cols et chevauché longtemps, Yi arriva enfin au bord du Fleuve aux Eaux limpides. L'eau en était si légère que même une plume d'oie était tout de suite immergée. Yi se souvint qu'un jour, en chassant dans le Sud, il avait vu un bois insubmersible qui provenait d'un grand arbre croissant dans de hautes montagnes. C'était un bois à la fois très dur et très léger. Avec ce bois, Yi pourrait certainement traverser le fleuve. Il reprit sa chevauchée vers le Sud pour trouver enfin l'arbre qu'il cherchait. En évidant le tronc, il en fit une embarcation qu'il ramena au fleuve. Il la mit à l'eau et après s'être assuré qu'elle flottait, monta avec son cheval et se dirigea à la rame vers la rive opposée. Le fleuve était très large, mais l'embarcation arriva en moins de temps qu'il n'en faut pour avaler un repas.

Poursuivant son périple, Yi arriva au pied de la Montagne de Feu. Ses flammes d'une dizaine de mètres de haut, ses tourbillons de fumée rendaient impossible sa traversée. Mais notre héros avait conservé la peau très dure du monstre Jiuying qu'il avait tué sur les rives du fleuve Xiongshui. Il la portait parfois pour se défendre. Il s'en fit une armure pour lui-même et pour son cheval. Une fois prêt, il sauta sur son destrier et s'élança au grand galop à l'assaut de la Montagne de Feu. Les flammes et la fumée l'étouffèrent bientôt. Mais, sa monture était un coursier rapide qui pouvait couvrir mille li en une seule journée, et, d'une seule traite, la montagne fut franchie. Les flammes n'étant parvenu qu'à roussir les crins de la queue du cheval.

Xi Wang Mu, Reine-mère de l'Occident!
Après avoir surmonté d'innombrables difficultés, Yi parvint enfin au pied de la Montagne de Jade.
L'Oiseau vert, messager de la Reine-mère d'Occident, ayant déjà informé Xi Wang Mu de l'arrivée de l'archer céleste, celle-ci accueillit avec beaucoup de respect le héros qui avait délivré le peuple de nombreux fléaux.
Elle ordonna à l'Oiseau à trois pattes, gardien des pêches d'immortalité, d'apporter à Yi une calebasse contenant une pilule issue d'un des fruits de l'arbre d'immortalité. Cet arbre ne donnant des fruits qu'une fois tous les trois mille ans, les pilules obtenues étaient donc très rares et extrêmement précieuses. Pour devenir immortels, Yi et Chang'E ne devait absorber, chacun, qu'une moitié de cet unique comprimé magique. Pris en entier, il avait pour effet d'envoyer au Ciel, sans espoir de retour, quiconque le consommait.

Le plus souvent, c'est la déesse Xi Wang Mu qui remet à Yi les herbes magiques en récompense pour ses exploits. Mais dans les versions de Chine communiste datant d’avant les années 80, où Yi et Chang’E forment un couple modèle vivant de la chasse et du travail manuel, il s’agit d’un ermite herboriste.
Alors que l'Archer céleste s'apprêtait à repartir, Xi Wang Mu demanda à l'Oiseau à trois pattes d'aller cueillir de l'herbe Yao près de l'Etang de Jade, que Yi devrait remettre de sa part à Chang'E. C'était une plante très rare, elle aussi, issue d'une métamorphose de Yao Ji, fille aînée de Yandi, dieu du Soleil.
A dix sept ans, Yao Ji elle s'éprit de Chi Songzi, le maître de la pluie de Shen Nong. Au début, ils s'aimèrent passionnément. Mais, l'infidèle Chi Songzi finit par abandonner Yao Ji et partit. La jeune fille le chercha partout. En arrivant au centre des monts Kunlun, elle apprit que Chi Songzi était tombé amoureux d'une autre fée. Elle en mourut alors de chagrin et de regret et se métamorphosa en herbette qui prit racine au bord de l'Etang de Jade et revouvrit les alentours. On l'appela l'herbe Yao. On raconte que les gouttes de rosée qui, en toutes saisons, perlaient sur les feuilles de cette herbe étaient les larmes intarissables de la jeune fille.
L'herbe Yao avait une particularité. Si une jeune fille humait son parfum, elle devenait belle et douce. C'est pourquoi on l'appelait aussi l'herbe charmeuse.

De retour auprès de son épouse, après 6 mois d'absence, en offrant l'herbe Yao à Chang'E, Yi lui confia aussi la pilule d'immortalité qu'ils devaient prendre ensemble sur leurs vieux jours.

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L'envol de Chang'E dans la Lune

Yi habitait sur la Terre depuis longtemps déjà et un grand nombre de jeunes gens venaient le voir pour apprendre le tir à l'arc. Il leur enseignait consciencieusement son art. Lorsque le maître est compétent, ses disciples sont brillants, dit le proverbe. De fait, la plupart de ses élèves devinrent de célèbres archers.

Une tradition, voyant en Yi un ancien chef des démons, fait de lui un personnage violent tué par Pengmeng (ou Feng Meng), autre archer d’élite. Elle s'expliquerait par l’assimilation des pratiques religieuses des minorités non-Han (représentées par Yi) à de la sorcellerie.
L'un d'entre eux s'appelait Feng Meng. Ambitieux et jaloux, il caressait l'espoir que son maître mourût avant lui, afin de devenir le meilleur archer du monde. Feng Meng fut très contrarié de savoir que Yi pouvait devenir immortel.

Pour certains auteurs, Chang'E, impatiente et avide, absorbe immédiatement la totalité d’un elixir que son mari réservait pour leurs vieux jours. Pour d'autres, Yi, promu empereur après son succès contre les soleils, commençe à boire, devient tyrannique et veut absorber les herbes pour accroitre son pouvoir. Chang’E les avalent alors pour l’en empêcher. Ou encore, elle lui vole et boit l’élixir pour que son époux ne puisse éternellement tyranniser le peuple.
Il profita d'une absence de Yi, parti chasser, pour pénétrer chez lui et menacer son épouse de son arc, lui ordonnant de lui remettre la pilule d'immortalité. Songeant aux épreuves qu'avait enduré son mari, Chang'E sortit de sa poche le comprimé convoité et, au moment où Feng Meng tendait la main, le porta rapidement à la bouche, l'avala et s'élança vers la porte.

Chang'E avait déjà franchi le seuil lorsqu'elle se sentit toute légère et s'envola vers le ciel. En pensant à son mari resté sur terre, elle décida de se réfugier sur l'astre le plus proche, la Lune. Depuis, celle-ci brille d'un éclat nouveau, et le quinze de chaque mois lunaire, habité par Chang'E, il est plus rond et plus blanc que jamais.
Chang'E s'envole vers la Lune!

A son retour de la chasse, Yi apprit ce qui s'était passé, et devant tant d'ingratitude de la part de son disciple, il fut rempli de colère. Il prit son arc et ses flèches et partit à sa recherche. L'archer félon s'était caché dans un bois derrière la maison de Yi. Lorsque celui-ci passa à la hâte devant lui sans le voir, il lui assena un violent coup de bâton sur la tête. Yi s'affaissa, mortellement blessé.
Lorsque les disciples de Yi découvrirent le crime de Feng Meng, ils arrêtèrent ce dernier immédiatement, l'attachèrent à un grand arbre et le transpercèrent chacun d'une flèche. Son ambition démesurée l'avait mené à sa perte.

Chang'E, déesse de la Lune (Yin suprême du taoïsme), est évoquée tous les ans le 15 du huitième mois, lors de la Fête de la mi-automne que les Chinois célèbrent en mangeant des gâteaux de lune (yuebin).

Gâteaux de lune.
En souvenir de Yi, chaque famille accrocha son portrait dans la maison, éleva l'archer divin au rang de dieu tutélaire et le prit pour modèle dans la conduite du monde et la vertu. Après sa mort, le peuple continua à lui témoigner une grande vénération et à l'invoquer lors de calamités naturelles comme les sécheresses ou les inondations.

Quant à Chang'E, elle vivait sur la Lune dans un palais de jade nommé "Vaste froidure", avec pour seuls compagnons Wu Gang, l'apprenti immortel exilé, et un lièvre apothicaire dit "Lièvre de Jade". Cependant, malgré le luxe du Palais et la vie immortelle à laquelle elle avait droit, Chang'E menait une vie solitaire et triste depuis qu'elle avait perdu son mari.

Comme ses compagnons menaient une vie expiatoire sur la Lune, on considéra longtemps que Chang'E avait volé la pilule d'immortalité et s'était réfugiée dans la Lune après son forfait.
Condamné par l'Empereur Céleste pour avoir volé l'herbe des immortels, le Lièvre de Jade, assisté selon certains d’un crapaud, devait broyer pour l'éternité des plantes médicinales.
Il en était de même pour Wu Gang qui, pour avoir commis des erreurs dans l'apprentissage de l'immortalité, était contraint d'abattre un cannelier (ou un laurier, ou un cassier) qui repoussait sans cesse.

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Parallèle entre Yi et Héraclès

La ressemblance de l’archer Yi et du héros grec Héraclès a été remarquée depuis longtemps.

Ils sont tous les deux des héros solitaires et tueurs de monstres.

Comme Yi, Héraclès était un archer.

Comme Héraclès, Yi a exécuté un certain nombre de "travaux".

Ne voulant pas descendre sous terre après sa mort, Yi se rendit chez la Reine-Mère d’Occident et obtint d’elle des pilules d’immortalité, mais son épouse Chang’E les lui vola. De même, Héraclès parvint à dérober les pommes d’immortalité, qui étaient la propriété de la déesse Héra, mais il les rendit sur l’injonction d’Athéna.

Ces deux héros, qui auraient pu éviter la mort, eurent une fin tragique. D'après certains textes chinois, Yi fut assassiné par son épouse Fufei, qui serait donc équivalente à Chang'E, et par Han Zhuo (cité ci-dessus), l'amant de celle-ci. De même, Héraclès fut tué par son épouse Déjanire et le Centaure Nessos, qui avait essayé d'abuser d'elle.

L’immortalité était un concept essentiel de la religion des Grecs et des Tokhariens (peuple indo-européen disparu du Turkestan chinois). Chez Homère, les termes "immortel" et "dieu" sont synonymes. De même, la désignation tokharienne des dieux, ñäkte, signifiait probablement "immortel".

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Aux sources de la légende

Yi est connu par de brefs passages de textes datant des Royaumes combattants (475-221 av. J.-C.) aux Han de l'Ouest (206-9 av. J.-C.), comme le Shanhaijing [1] , le Huainanzi [2] et le Mengzi [3] .
La légende de Yi (ou Hou Yi, son appellation la plus fréquente en Chine) s’est développée à partir de ces sources, avec de multiples variantes dans les détails, au gré de l’imagination ou des intentions du narrateur.


Selon un passage du Shanhaijing repris dans le Huainanzi, Yao fit appel à lui pour abattre les neuf soleils surnuméraires apparus durant son règne. Le succès de Yi permit à Yao de devenir empereur.

Un autre passage du Huainanzi lui fait rencontrer Xi Wang Mu lors d’une expédition de chasse. Elle lui remet des herbes d’immortalité. Sa femme Chang'E les consomme et s’envole dans la lune dont elle devient la déesse.

Dans des sources d'esprit plus historique comme le Mengzi, il est présenté comme un Dongyi (terme général désignant les ethnies non-Huaxia de l’Est), archer d’élite. Son clan (ou territoire) est Youqiong. Vassal de Taikang, petit-fils indigne de Yu le Grand, il l’exile et le remplace par son frère Zhongkang tout en assurant la régence. Lui aussi fait des mécontents car il consacre plus de temps à la chasse qu’aux affaires publiques. Il est tué par Zhuo de Boming, seigneur de Han, lors d’une expédition de chasse.

Les historiens chinois modernes estiment que Yi est la personnification d’une ethnie connue pour son talent à l’arc.

[1] Le Shanhaijing, "Livre des monts et des mers" ou "Classique des montagnes et des mers", est un recueil de données géographiques et de légendes de l’antiquité chinoise

[2] Le Huainanzi ou Houai-nan tseu, titré à l'origine "Vastes lumières", est un ouvrage encyclopédique traitant d’une grande variété de sujets et rédigés par des savants et spécialistes.

[3] Le Mengzi, livre dans lequel sont consignés les entretiens qu'eut le penseur chinois, Mencius (Mèng Zi ou Meng Ke), ayant vécu aux alentours de 380-289 av. J.-C., avec un grand nombre de princes de cette époque, alors qu'il sillonnait la Chine chaotique des Royaumes combattants à la recherche d'un sage-roi capable de restaurer la paix.

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Publication Chantal : 19 mai 2011
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